J'étais quelque peu inquiet de la manière dont j'allais m'y prendre pour assembler tant de matière et rédiger (enfin !) cette biographie, après tant d'années d'accumulation de notes, de textes, de lectures et de rencontres, de correspondances et de photographies. Ecrire, un travail final que repousse souvent le biographe au prétexte de nouvelles sources - toujours possibles, car passer à l'acte c'est se préparer à quitter son sujet.
Mais voilà que, très étonnamment, l'écriture coule, comme si tout était déjà écrit quelque part, loin du désordre des piles de matériaux accumulés sur des tables branlantes ou dans mon pauvre disque dur.
Mais je sais que cette "facilité" appelle la meilleure vigilance ! Que (bien) raconter est une chose - certes difficile - mais que là n'est pas l'essentiel.
Il me semble difficile de passer sous silence certaines émotions, certaines correspondances émouvantes, qui font à mon sens, aussi, toute la contemporanéité de mon attachement à Marc Bernard. Sa présence. Une chose bête à écrire, mais si belle à vivre.
On n'écrit pas une biographie de Marc Bernard comme on s'attaquerait à un nouvel écrit sur Mauriac ou Sartre. Je crois que si ma nature me porte à parler à la première personne, le personnage l'exige aussi. Et puis, nous ne serons pas trop de deux pour passionner le lecteur...
Pour ceux que ce penchant biographique intéresse, je conseille la lecture de la bio que Jean-Paul Kauffmann a consacré à Raymond Guérin ("31, allées Damour" - c'était l'adresse de Guérin à Bordeaux... éd. de La table ronde). C'est beau, "engagé" comme je l'aime (avec finesse et sans narcissisme), et fort intéressant pour les amateurs d'écrivains oubliés. Et les autres aussi.
samedi 23 mai 2009
lundi 6 avril 2009
Une carte de Jean Paulhan


A l'heure où je travaille à l'écriture de la partie la plus féconde - et la plus passionnante - de la vie de Marc Bernard, ce petit clin d'œil alors qu'un homme est son compagnon le plus fidèle au coeur de ces années 30 : Jean Paulhan. Cette carte postée par l'aîné des deux Nîmois, alors en voyage à Nice (la carte représente Notre-Dame de Laghet, un sanctuaire situé près de La Trinité), illustre la proximité des deux hommes. Et l'humour de Paulhan.
samedi 28 février 2009
Marc, Georges-Emmanuel et France
Je garde un souvenir ému de mon premier documentaire pour France Culture, car il était précisément consacré à Marc Bernard, sur lequel je travaillais depuis à peine plus d'une année ("Les vies de Marc Bernard - Surpris par la nuit, 2003). Je découvrais pour la première fois sa voix - lui qui l'a tant donnée à la radio - et j'avais l'impression de renouer avec les jeux de mon enfance où, muni d'un poste à double cassettes et d'un micro, je conjuguais des sons improbables.
Faire de la radio est pour moi un jeu, surtout au moment du montage. Et je n'oublie pas que c'est à Marc Bernard - cet autre joueur - que je dois cette rencontre, puis à quelques personnes - dont Laure Adler et Alain Veinstein - qui ont permis à la voix de Marc de refaire surface sur les ondes.
Marc Bernard a fréquenté ce media dès l'avant-guerre, à Radio 37. Lui doit sa découverte de la radio à Fernand Pouey, un drôle de type dont Roger Grenier (qui fut un autre partenaire de Marc à la radio) a parlé dans "Fidèle au poste". Vraiment, un drôle de type que ce Pouey, fantasque mais le nez creux. Marc le retrouvera dans l'excellente et éphémère feuille "Le clou", dont Pouey assurait la rédaction en chef. Marc, lui, y tenait la chronique théâtrale, bénévolement, comme Henri Calet, Roger Grenier, Clara Malraux ou Yvan Audouard... Le travail n'était pas une vocation pour Marc, et le bénévolat moins encore... Mais je digresse.
Très bientôt, si tout va bien, on retrouvera Marc sur les ondes de France Culture. Je vous en reparlerai.
En attendant, on se consolera - avantageusement je l'espère - en écoutant ou réécoutant (c'est une redif), mon documentaire sur Georges-Emmanuel Clancier, que France Culture rediffusera le 19 mars prochain, à 22h15 : "La poésie rassemblée", réalisé par Gaël Gillon. Ce, à l'occasion de la parution de "Vive fut l'aventure", le dernier recueil de Georges-Emmanuel Clancier (Gallimard). Hier soir au téléphone, j'ai dit à Georges-Emmanuel combien la lecture du titre de son recueil m'avait d'abord rendu triste (je pense souvent à lui). Mais je me suis aussi empressé de lui dire que sa voix, sa voix fine et si touchante, n'a, malgré ses 95 années, rien perdu de sa pureté et de son amour des lendemains.
Faire de la radio est pour moi un jeu, surtout au moment du montage. Et je n'oublie pas que c'est à Marc Bernard - cet autre joueur - que je dois cette rencontre, puis à quelques personnes - dont Laure Adler et Alain Veinstein - qui ont permis à la voix de Marc de refaire surface sur les ondes.
Marc Bernard a fréquenté ce media dès l'avant-guerre, à Radio 37. Lui doit sa découverte de la radio à Fernand Pouey, un drôle de type dont Roger Grenier (qui fut un autre partenaire de Marc à la radio) a parlé dans "Fidèle au poste". Vraiment, un drôle de type que ce Pouey, fantasque mais le nez creux. Marc le retrouvera dans l'excellente et éphémère feuille "Le clou", dont Pouey assurait la rédaction en chef. Marc, lui, y tenait la chronique théâtrale, bénévolement, comme Henri Calet, Roger Grenier, Clara Malraux ou Yvan Audouard... Le travail n'était pas une vocation pour Marc, et le bénévolat moins encore... Mais je digresse.
Très bientôt, si tout va bien, on retrouvera Marc sur les ondes de France Culture. Je vous en reparlerai.
En attendant, on se consolera - avantageusement je l'espère - en écoutant ou réécoutant (c'est une redif), mon documentaire sur Georges-Emmanuel Clancier, que France Culture rediffusera le 19 mars prochain, à 22h15 : "La poésie rassemblée", réalisé par Gaël Gillon. Ce, à l'occasion de la parution de "Vive fut l'aventure", le dernier recueil de Georges-Emmanuel Clancier (Gallimard). Hier soir au téléphone, j'ai dit à Georges-Emmanuel combien la lecture du titre de son recueil m'avait d'abord rendu triste (je pense souvent à lui). Mais je me suis aussi empressé de lui dire que sa voix, sa voix fine et si touchante, n'a, malgré ses 95 années, rien perdu de sa pureté et de son amour des lendemains.
mercredi 25 février 2009
Une chronique de Marc Bernard au Figaro
Sur les conseils - toujours avisés - d'Annie, qui trouve que ce blog est un peu trop "sérieux et triste" (merci Annie...), voici une chronique souriante de Marc Bernard, publiée dans Le Figaro du 17 août 1956 : Du rouge au noir. Marc Bernard alternait à la une du quotidien national aux côtés d'autres écrivains, surtout de l'Académie Française (Mauriac, Guéhenno, Gaxotte, Duhamel...). Je me suis toujours demandé ce qui pouvait bien pousser ce cher Pierre Brisson à relancer Marc - qui n'était pas très régulier dans ses envois. Le goût du choc culturel sans doute.
"Chaque année, un peu avant les vacances, mon ami Jacques Chardonne me demande : « Vous retournez au bord de la mer ? ». Timidement, avec une très mauvaise conscience, je réponds : « Oui ». A la façon dont André Gide disait : « Victor Hugo, hélas ! ». « Vous savez que c’est extrêmement dangereux » ajoute Chardonne. De plus en plus gêné, avec un sentiment de culpabilité qui me serre la gorge, je tente de répliquer : « Mais je sais nager ». Chardonne a une sorte de petit rire intérieur qui ne me laisse espérer rien de bon. « Mon pauvre ami, dit-il, c’est la mer qui est dangereuse en soi. De mon temps, nous y allions aussi, mais nous nous gardions bien de nous mettre dedans. Nous la contemplions du bord ».
En effet, je me souviens d’avoir vu au Grau-du-Roi, quand j’étais enfant, des messieurs coiffés d’un panama, qui, pantalons retroussés, entraient dans l’eau jusqu’au mollet ; ils faisaient ainsi une cinquantaine de mètres tout en bavardant, puis séchaient leurs pieds sur le sable et remettaient leurs chaussures pointues, à boutons. C’étaient ce qu’ils appelaient : l’heure du bain. Quelques dames en culotte bouffante et col marin étaient infiniment plus hardies ; il leur arrivait de se mouiller jusqu’aux épaules, en s’accroupissant ; ensuite elles gagnaient leur cabine en sautillant, tout en s’assurant que leurs admirateurs faisaient la haie ; ils n’y manquaient pas, boutonnière fleurie, canotier à la main, le front incliné, ne perdant rien cependant de ce qui paraissait confusément sous l’étoffe ruisselante. Quand les dames ressortaient de leur cabine elles avaient repris un aspect décent ; guimpe serrée autour du coup, jupe traînant dans le sable, portant un chapeau monumental, elles allaient sous l’une des tentes qui rappelaient celles du Camp du drap d’or, et là, assises sur un pliant, livre en main, elles lorgnaient du coin de l’œil les messieurs qui passaient, les mains derrière le dos, en discutant de l’affaire de Panama.
Quel changement ! Nous sommes passés du cinéma muet au cinémascope. Une tribu de nègres s’ébat aujourd’hui sur la plage. Ou plutôt les races sont mêlées : à côté du blanc de blanc arrivé la veille, se trouve le mulâtre qui a huit jours seulement de soleil ; honteux, il tente de passer inaperçu, s’allonge dès le matin sur la plage, mettant les rayons doubles ; il fait tache, se situe à peine au-dessus du blanc, rampe plus qu’il ne marche. On est gêné pour lui. Passons. Enfin, au sommet de l’échelle, le noir parfait, rayonnant, qui, des chevilles au front, n’a plus un stigmate clair.
Nous sommes tous en pagne ; c’est le triomphe du strip-tease. Une dame arrive en peignoir – parfois en short cela va plus vite - et en deux temps, trois mouvements, comme un ouvrier met son bleu, la voici telle, ou à peu près, que sa mère l’a faite. Son numéro passe dans l’indifférence générale ; il y en a trop.
Ce sont de drôles d’endroits que les plages, où l’on vous présente à une dame qui vous sourit dans son deux-pièces, tandis que vous vous inclinez dans un slip. C’est l’heure de vérité. Vous pourrez parler à cette dame de Proust ou de Kirkegaard, mais vous n’oublierez jamais tout à fait qu’elle a été vaccinée dans le haut de la cuisse droite. Cela retire un peu de sérieux, soit, en revanche cela rapproche singulièrement. On est du clan, de la tribu, entre soi. Le fait d’appartenir à la même plage donne des privilèges, car enfin, cette dame, vous ne la connaissiez pas avant qu’elle vous apparaisse soudain écumante, ruisselante, si semblable à Vénus que c’est parfois à s’y méprendre. Il arrive que ce soit une Vénus de poids, ou filiforme ; n’importe, l’impromptu de la découverte demeure.
Si une loi barbare nous condamnait à nous brûler, à nous peler, au sens propre du mot, des barricades de dunes surgiraient du sable ; pourtant nous restons là, bravement, sachant qu’il faut bien que quelques-uns se sacrifient pour perpétuer la tradition des bains de mer. C’est pourquoi, rouges d’abord, puis roux et enfin noirs, mais d’un noir à quoi on peut toujours rajouter à force de stoïcisme et de volonté, nous restons sur la plage incendiée, sans un poil d’ombre, alors qu’il existe à Paris et ailleurs de fraîches terrasses de café où des privilégiés boivent des demis sans faux col, bien frappés.».
"Chaque année, un peu avant les vacances, mon ami Jacques Chardonne me demande : « Vous retournez au bord de la mer ? ». Timidement, avec une très mauvaise conscience, je réponds : « Oui ». A la façon dont André Gide disait : « Victor Hugo, hélas ! ». « Vous savez que c’est extrêmement dangereux » ajoute Chardonne. De plus en plus gêné, avec un sentiment de culpabilité qui me serre la gorge, je tente de répliquer : « Mais je sais nager ». Chardonne a une sorte de petit rire intérieur qui ne me laisse espérer rien de bon. « Mon pauvre ami, dit-il, c’est la mer qui est dangereuse en soi. De mon temps, nous y allions aussi, mais nous nous gardions bien de nous mettre dedans. Nous la contemplions du bord ».
En effet, je me souviens d’avoir vu au Grau-du-Roi, quand j’étais enfant, des messieurs coiffés d’un panama, qui, pantalons retroussés, entraient dans l’eau jusqu’au mollet ; ils faisaient ainsi une cinquantaine de mètres tout en bavardant, puis séchaient leurs pieds sur le sable et remettaient leurs chaussures pointues, à boutons. C’étaient ce qu’ils appelaient : l’heure du bain. Quelques dames en culotte bouffante et col marin étaient infiniment plus hardies ; il leur arrivait de se mouiller jusqu’aux épaules, en s’accroupissant ; ensuite elles gagnaient leur cabine en sautillant, tout en s’assurant que leurs admirateurs faisaient la haie ; ils n’y manquaient pas, boutonnière fleurie, canotier à la main, le front incliné, ne perdant rien cependant de ce qui paraissait confusément sous l’étoffe ruisselante. Quand les dames ressortaient de leur cabine elles avaient repris un aspect décent ; guimpe serrée autour du coup, jupe traînant dans le sable, portant un chapeau monumental, elles allaient sous l’une des tentes qui rappelaient celles du Camp du drap d’or, et là, assises sur un pliant, livre en main, elles lorgnaient du coin de l’œil les messieurs qui passaient, les mains derrière le dos, en discutant de l’affaire de Panama.
Quel changement ! Nous sommes passés du cinéma muet au cinémascope. Une tribu de nègres s’ébat aujourd’hui sur la plage. Ou plutôt les races sont mêlées : à côté du blanc de blanc arrivé la veille, se trouve le mulâtre qui a huit jours seulement de soleil ; honteux, il tente de passer inaperçu, s’allonge dès le matin sur la plage, mettant les rayons doubles ; il fait tache, se situe à peine au-dessus du blanc, rampe plus qu’il ne marche. On est gêné pour lui. Passons. Enfin, au sommet de l’échelle, le noir parfait, rayonnant, qui, des chevilles au front, n’a plus un stigmate clair.
Nous sommes tous en pagne ; c’est le triomphe du strip-tease. Une dame arrive en peignoir – parfois en short cela va plus vite - et en deux temps, trois mouvements, comme un ouvrier met son bleu, la voici telle, ou à peu près, que sa mère l’a faite. Son numéro passe dans l’indifférence générale ; il y en a trop.
Ce sont de drôles d’endroits que les plages, où l’on vous présente à une dame qui vous sourit dans son deux-pièces, tandis que vous vous inclinez dans un slip. C’est l’heure de vérité. Vous pourrez parler à cette dame de Proust ou de Kirkegaard, mais vous n’oublierez jamais tout à fait qu’elle a été vaccinée dans le haut de la cuisse droite. Cela retire un peu de sérieux, soit, en revanche cela rapproche singulièrement. On est du clan, de la tribu, entre soi. Le fait d’appartenir à la même plage donne des privilèges, car enfin, cette dame, vous ne la connaissiez pas avant qu’elle vous apparaisse soudain écumante, ruisselante, si semblable à Vénus que c’est parfois à s’y méprendre. Il arrive que ce soit une Vénus de poids, ou filiforme ; n’importe, l’impromptu de la découverte demeure.
Si une loi barbare nous condamnait à nous brûler, à nous peler, au sens propre du mot, des barricades de dunes surgiraient du sable ; pourtant nous restons là, bravement, sachant qu’il faut bien que quelques-uns se sacrifient pour perpétuer la tradition des bains de mer. C’est pourquoi, rouges d’abord, puis roux et enfin noirs, mais d’un noir à quoi on peut toujours rajouter à force de stoïcisme et de volonté, nous restons sur la plage incendiée, sans un poil d’ombre, alors qu’il existe à Paris et ailleurs de fraîches terrasses de café où des privilégiés boivent des demis sans faux col, bien frappés.».
samedi 10 janvier 2009
2 livres 9 en 2010
L'année 2009 sera une année de travail patient avant la suivante, qui annoncera la parution de deux ouvrages de Marc Bernard - lesquels devraient paraître en même temps.
Le premier de ces ouvrages est la biographie à laquelle je travaille actuellement, et qui, j'espère, tiendra toutes ses promesses (et les délais !) après sept ans de recherche(s).
Le second, est un nouveau recueil (le troisième) de chroniques, tirées du Figaro, de Franc-Tireur et de bien d 'autres journaux avec lesquels Marc Bernard a collaboré. Il paraîtra, comme le précédent, aux éditions Finitude. Il y a longtemps que ce projet existe, même s'il est loin, à cette heure, d'être finalisé. Car à chaque plongée dans les archives de la presse, une nouvelle pépite signée M.B. peut resurgir... Et donc trouver sa place.
Après le virulent critique des années 30, le portraitiste sensible, place au chroniqueur de l'après-guerre, enlevé et léger. Sous l'humour, toute la finesse d'observation de l'homme qui, éloigné à présent des contingences de la vie politique et professionnelle, porte un regard décalé, amusé, sur son temps.
Dans cette attente, une très belle année à vous.
Le premier de ces ouvrages est la biographie à laquelle je travaille actuellement, et qui, j'espère, tiendra toutes ses promesses (et les délais !) après sept ans de recherche(s).
Le second, est un nouveau recueil (le troisième) de chroniques, tirées du Figaro, de Franc-Tireur et de bien d 'autres journaux avec lesquels Marc Bernard a collaboré. Il paraîtra, comme le précédent, aux éditions Finitude. Il y a longtemps que ce projet existe, même s'il est loin, à cette heure, d'être finalisé. Car à chaque plongée dans les archives de la presse, une nouvelle pépite signée M.B. peut resurgir... Et donc trouver sa place.
Après le virulent critique des années 30, le portraitiste sensible, place au chroniqueur de l'après-guerre, enlevé et léger. Sous l'humour, toute la finesse d'observation de l'homme qui, éloigné à présent des contingences de la vie politique et professionnelle, porte un regard décalé, amusé, sur son temps.
Dans cette attente, une très belle année à vous.
samedi 20 décembre 2008
Transformation
Je n'ai pas fini de me questionner sur ma relation avec Marc Bernard.
Alors que je montrais à ma compagne, de retour de chez Annie, des photos de la vie d'Else avant sa rencontre avec son bien-aimé, elle me dit : "c'est tout de même très intime...". Et que dire des photos de Marc nu dans la garrigue nîmoise...
Jamais je n'aurais pu imaginer que cette aventure, démarrée - comme cela arrive parfois j'imagine - sans la moindre ambition, puisse me conduire à ce point de découverte et de transformation.
Grâce à Marc Bernard, disparu il y a 25 ans, combien de choses et d'êtres plus vivants que bien des vivants ai-je rencontré ? Une bande incroyable d'écrivains amis (Dietrich, Calet, Dabit, Julien Blanc...) qui eux-mêmes m'ont ouvert à d'autres auteurs, tout aussi puissants et secrets (Hardellet, Chauviré, Hyvernaud...). Et puis il y a aussi les vivants (Clancier, Grenier...), dont je ne dirai jamais assez combien ils me touchent ; comment ils m'ont appris ce que pouvait être une amitié profonde, malgré la séparation de la mort.
Lors d'un entretien, Claire Paulhan m'avait confié "sa tendresse pour les écrivains disparus". Cette phrase, que j'avais pu juger un peu sombre alors, est tout à fait lumineuse depuis ma rencontre avec Marc Bernard.
On pourra toujours convoquer son attachement à l'érudition, à la "recherche scientifique" ou à l'histoire, voire sa passion de la littérature et son dégoût de l'oubli, mais on ne passe pas une partie de sa vie si près d'un "absent" pour ces seules raisons. Et surtout pas sans en ressentir la troublante présence. Une transformation.
Alors que je montrais à ma compagne, de retour de chez Annie, des photos de la vie d'Else avant sa rencontre avec son bien-aimé, elle me dit : "c'est tout de même très intime...". Et que dire des photos de Marc nu dans la garrigue nîmoise...
Jamais je n'aurais pu imaginer que cette aventure, démarrée - comme cela arrive parfois j'imagine - sans la moindre ambition, puisse me conduire à ce point de découverte et de transformation.
Grâce à Marc Bernard, disparu il y a 25 ans, combien de choses et d'êtres plus vivants que bien des vivants ai-je rencontré ? Une bande incroyable d'écrivains amis (Dietrich, Calet, Dabit, Julien Blanc...) qui eux-mêmes m'ont ouvert à d'autres auteurs, tout aussi puissants et secrets (Hardellet, Chauviré, Hyvernaud...). Et puis il y a aussi les vivants (Clancier, Grenier...), dont je ne dirai jamais assez combien ils me touchent ; comment ils m'ont appris ce que pouvait être une amitié profonde, malgré la séparation de la mort.
Lors d'un entretien, Claire Paulhan m'avait confié "sa tendresse pour les écrivains disparus". Cette phrase, que j'avais pu juger un peu sombre alors, est tout à fait lumineuse depuis ma rencontre avec Marc Bernard.
On pourra toujours convoquer son attachement à l'érudition, à la "recherche scientifique" ou à l'histoire, voire sa passion de la littérature et son dégoût de l'oubli, mais on ne passe pas une partie de sa vie si près d'un "absent" pour ces seules raisons. Et surtout pas sans en ressentir la troublante présence. Une transformation.
jeudi 11 décembre 2008
A point...
Me voilà de retour de chez Annie... Le TGV, le train de banlieue, le taxi, un peu de marche à pied. Seine et Marne, Allée des bois, au milieu d'une nature hivernale à peine dérangée par le passage de quelques renards voire de sangliers. Annie m'attend : le portail est grand ouvert, les Bergers rentrés, la cote de bœuf décongelée...
Son sourire se renforce lorsqu'elle me conduit vers la table du salon. Là, gisent des papiers de son père, Marc. Papiers moins nombreux après chaque voyage, mais toujours plus précieux.
Autant elle a montré une - légitime - réticence à m'accueillir pour la première fois, autant elle paraît désolée aujourd'hui lorsque nous nous quittons. Non seulement car nous discutons généreusement de presque tout, mais aussi parce qu'elle semble déçue de ne pas me voir repartir avec suffisamment de nouveaux documents, trouvés dans une malle ou au fond d'un tiroir fermé depuis des années...
Je souhaite à tous les "biographes" de trouver une "fille de" ou un "ayant-droit de" aussi généreux. Si bien que ce n'est pas sans culpabilité que je repasse la grille du portail... Une position d'autant plus délicate qu'elle comporte nombre de documents intimes. Parmi eux, des photographies d'Else, la bien-aimée, avec son fils (issu de son premier mariage en Autriche), en costume de tyrolienne... Quelle femme magnifique !
Et puis, deux dizaines de pages qu'Annie a rédigé au lendemain de sa mort, et qui s'ouvre ainsi : "Else est morte hier soir". Nous sommes le 30 décembre 1969. Il y a bientôt quarante ans... J'ignorais l'existence d'un tel manuscrit, que son père a relu et encouragé.
Deux carnets, dont un des années 40, où figurent le contact des amis de Marc : Arland, Gide, Paulhan, Calet... L'envie de les appeler. Mais à Invalides 18-03, André ne répond pas, pas plus que Jean à Port-Royal 28-15...
"Presque rien", me dit-elle, en m'assurant bien haut vouloir "tout brûler". Ce n'est là que le signe de sa finesse face à ma gêne de la dépouiller de tant de secrets.
La cote de bœuf, que nous souhaitions manger saignante, était à point. Comme toujours avec Annie.
Son sourire se renforce lorsqu'elle me conduit vers la table du salon. Là, gisent des papiers de son père, Marc. Papiers moins nombreux après chaque voyage, mais toujours plus précieux.
Autant elle a montré une - légitime - réticence à m'accueillir pour la première fois, autant elle paraît désolée aujourd'hui lorsque nous nous quittons. Non seulement car nous discutons généreusement de presque tout, mais aussi parce qu'elle semble déçue de ne pas me voir repartir avec suffisamment de nouveaux documents, trouvés dans une malle ou au fond d'un tiroir fermé depuis des années...
Je souhaite à tous les "biographes" de trouver une "fille de" ou un "ayant-droit de" aussi généreux. Si bien que ce n'est pas sans culpabilité que je repasse la grille du portail... Une position d'autant plus délicate qu'elle comporte nombre de documents intimes. Parmi eux, des photographies d'Else, la bien-aimée, avec son fils (issu de son premier mariage en Autriche), en costume de tyrolienne... Quelle femme magnifique !
Et puis, deux dizaines de pages qu'Annie a rédigé au lendemain de sa mort, et qui s'ouvre ainsi : "Else est morte hier soir". Nous sommes le 30 décembre 1969. Il y a bientôt quarante ans... J'ignorais l'existence d'un tel manuscrit, que son père a relu et encouragé.
Deux carnets, dont un des années 40, où figurent le contact des amis de Marc : Arland, Gide, Paulhan, Calet... L'envie de les appeler. Mais à Invalides 18-03, André ne répond pas, pas plus que Jean à Port-Royal 28-15...
"Presque rien", me dit-elle, en m'assurant bien haut vouloir "tout brûler". Ce n'est là que le signe de sa finesse face à ma gêne de la dépouiller de tant de secrets.
La cote de bœuf, que nous souhaitions manger saignante, était à point. Comme toujours avec Annie.
Inscription à :
Articles (Atom)
